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art de vivre - Page 35

  • Il blasphéma Sainte-Greta

    Imprécations hugoliennes

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    Il neigeait. Les poteaux croulaient sous la tempête.

    Et le cosmos tonnait comme quand les dieux pètent.

    De tous les horizons, de tous les firmaments,

    Déclenchés par Éole tourbillonnaient les vents,

    Arrachant les forêts, déracinant les chênes.

    La Nature en furie rugit et se déchaîne

    S’acharnant sur la Drome, et l’Ardèche, et le Rhône

    Pour punir les blasphèmes vaniteux d’un seul homme.

    La terre se convulse et ouvre ses entrailles

    Avalant goulûment les gens et le bétail.

    Et la faille du Rhône se fend comme un brugnon,

    Engloutissant Tournon, Valence et Avignon.

    Au village de Plats a surgi un volcan

    Vomissant feux et laves dans un furieux boucan.

    Tricastin et Cruas, ces folies nucléaires

    Explosent, éjaculant dans tous les atmosphères

    Becquerels et röntgen, sournois rayons de mort

    Jetant leurs servants dans des gouffres de remords.

    Enfin pour achever le malheur sur ces terres

    Jeff Koons fit à Thomas un cadeau de gangster

    Pendant que les estrons éructées par Booba

    Rythmaient stupidement les horreurs d’ici-bas.

    Tandis que le soleil mourait sous une éclipse,

    Responsable atterré de cette apocalypse,

    René-Louis Thomas, confit de contrition,

    Baisant la terre, offrit au ciel un saucisson

    Un grand vin de chez Chave, de l’huile de Coudoux

    Pour tenter d’apaiser le terrible courroux

    De Yavhé, de Jésus, de François Mitterrand

    De Jupiter, d’Allah et des dieux de tous rangs.

    La faute, le péché terrible de Thomas :

    Il avait blasphémé contre Sainte Greta.

     

    Victor Hugh Oh Ayoli

     

    Illustration X - Droits réservés

     

     

  • Moi mon colon cell’ que j’préfère, c’est la guerre de 14-18

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    « - Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…

    - Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.

    - Mais c’est impossible de refuser la guerre, Ferdinand ! Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger...

    - Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez-vous d’un seul nom par exemple, Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent ans ? ... Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ? ... Non, n’est-ce pas ? ... Vous n’avez jamais cherché ? Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papiers devant nous, que votre crotte du matin ... Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l’affirme ! La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte. Dans dix mille ans d’ici, je vous fais le pari que cette guerre, si remarquable qu’elle nous paraisse à présent, sera complètement oubliée... A peine si une douzaine d’érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des dates des principales hécatombes dont elle fut illustrée... C’est tout ce que les hommes ont réussi jusqu’ici à trouver de mémorable au sujet les uns des autres à quelques siècles, à quelques années et même à quelques heures de distance... Je ne crois pas à l’avenir, Lola... »

    ................
    (Extrait de « Voyage au bout de la nuit »

     

    Pendant la grande boucherie 14-18, les profiteurs et fauteurs de guerre se le faisaient belle. Les grands boulevards de Paris affichaient une vie trépidante ; les théâtres, les brasseries, les cafés concerts, les boites de nuits étaient pleins de fêtards…

    Pendant que les Français Schneider, De Wendel et autres faisaient discrètement la bringue avec leurs homologues, rivaux et…amis allemands Krupp, Thyssen et autres fabricants de choses en aciers bien pointues, bien aiguisés, qui entrent dans les viandes, qui labourent les chairs, qui brisent les os, qui éclatent les cranes, qui arrachent les yeux, qui explosent en beaux feux d’artifices de mort, la France d’en-bas s’étripait avec l’Allemagne d’en-bas. Pour le plus grand profit des précédents.

    La droite la plus bornée, la plus avide, la plus lâche se lâchait, se goinfrait, s’engraissait, se tapissait la tripe de sauces chaudes et onctueuses pendant que les « pauv’cons » se faisaient trouer la viande.

    Le monde industriel, les présidents de chambres de commerce et d’organisations patronales, comme le Comité des Forges ne sont pas avares de belles paroles.. Alors qu’est constamment mis en avant un discours patriotique, que la production industrielle est avant tout au service de la France, que les hommages aux combattants abondent dans ces discours le moteur premier de l’effort de guerre de ces grands patrons est plutôt la recherche du profit et la possibilité d’un enrichissement rapide. Un double discours est tenu, celui destiné au public – allez vous faire tuer pour la France ! - et l’autre qui exprime les visées profondes de ces patrons : goinfrons-nous !.

    Des "bandits", des "chacals", des "gredins", des "thénardiers"... Ce 21 octobre 1915, dans les colonnes du Midi socialiste, la journaliste Séverine, ancienne secrétaire de Jules Vallès, n'a pas de mots assez durs contre ceux qui "s'engraissent de la chair d'autrui" et "pressurent le soldat" en "raflant à tout prix ce qu'ils sont certains de lui revendre le triple".

    Toutes les tentatives de paix ont été tuée dans l’œuf. Et pour cause : chaque "menace" de pourparler de paix faisait plonger les bourses !

    La guerre est « l’art » de faire s’entre-tuer des gens pauvres, qui ne se connaissent pas, au profit de gens riches qui, eux, se connaissent… Cette maxime à la véracité sans cesse renouvelée à travers les époques a été superbement illustrée par cette chanson qui marque le désespoir, la résignation mais aussi la révolte de ceux qu’on envoyait à l’abattoir pour rien, sinon transcender la connerie humaine, seule approche que l’on puisse avoir de l’infini…

     

    La chanson de Craône

     

    Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé

    On va reprendre les tranchées,

    Notre place est si utile

    Que sans nous on prend la pile

    Mais c'est bien fini, on en a assez

    Personne ne veut plus marcher

    Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot

    On dit adieu aux civ'lots

    Même sans tambours, même sans trompettes

    On s'en va là-haut en baissant la tête

     

    - Refrain :

    Adieu la vie, adieu l'amour,

    Adieu toutes les femmes

    C'est bien fini, c'est pour toujours

    De cette guerre infâme

    C'est à Craonne sur le plateau

    Qu'on doit laisser sa peau

    Car nous sommes tous condamnés

    C'est nous les sacrifiés

     

    Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance

    Pourtant on a l'espérance

    Que ce soir viendra la r'lève

    Que nous attendons sans trêve

    Soudain dans la nuit et le silence

    On voit quelqu'un qui s'avance

    C'est un officier de chasseurs à pied

    Qui vient pour nous remplacer

    Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe

    Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

     

    - Refrain -

     

    C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards

    Tous ces gros qui font la foire

    Si pour eux la vie est rose

    Pour nous c'est pas la même chose

    Au lieu d'se cacher tous ces embusqués

    Feraient mieux d'monter aux tranchées

    Pour défendre leur bien, car nous n'avons rien

    Nous autres les pauv' purotins

    Tous les camarades sont enterrés là

    Pour défendr' les biens de ces messieurs là

     

    - Refrain :

    Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront

    Car c'est pour eux qu'on crève

    Mais c'est fini, car les trouffions

    Vont tous se mettre en grève

    Ce s'ra votre tour messieurs les gros

    De monter sur l'plateau

    Car si vous voulez faire la guerre

    Payez-la de votre peau

     

     

    Allez, cadeau: tonton Georges

     

    Illustration X - Droits réservés

  • Gastronomie dominicale: les cèpes farcis de La Lionne

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    L’automne est le temps où sur les hautes terres

    Du Ventoux, de Provence, d'Ardèche ou de Lozère

    Dans les sombres forêts que cerfs et daims recèpent

    Surgit, mystérieux, Sa Majesté le Cèpe.

    Mais pour le découvrir, sous sapins et fougères

    Il faut expérience, œil vif et main légère.

    Tôt levé le matin, dans la sylve mouillée

    Le bâton d'une main, dans l'autre le panier,

    Il faut marcher, ramper, jouer au sanglier,

    Pour atteindre ce lieu secret et singulier:

    Sa "bouletière" cachée même à ses familiers!

    Le cèpe, s'il est là, tu le sais par le nez,

    Son parfum délicat te le fait deviner.

    Avance à quatre pattes dans les épais fourrés

    Respire à petits coups, tout comme un chien d'arrêt,

    Cherche sous les plus basses branches des sapins

    Et si tu trouves un cèpe, cherche aussi ses copains:

    Il est rarement seul le Prince des forêts.

    Il te faut le couper et non le déterrer,

    En respectant ainsi le cèpe et son domaine

    Tu t'y retrouveras à la saison prochaine.

    Range bien sur des feuilles, dans un large panier,

    Ce dont tu as besoin, pour ne pas gaspiller.

    Boletus Edulis procure trois plaisirs:

    Le plus primordial, c'est bien de le cueillir,

    Puis le plus cérébral, c'est de le cuisiner,

    Enfin le plus charnel, c'est de le déguster.

    Je vais te raconter comment fait La Lionne

    (C'est l'élue de mon cœur, grande, fière et mignonne)

    Pour préparer, farcis, les cèpes les plus gros,

    Superbes dômes bruns dépassant le kilo.

    Elle nettoie le cèpe sans pourtant le laver,

    À la brosse, au couteau, sans jamais s'énerver.

    Elle enlève la queue qu'elle hache menu,

    Deux aulx, deux échalotes, du persil, revenus,

    Elle poêle cent grammes de chair à saucisse,

    Incorpore échalotes puis queues de cèpes; épice

    Avec du sel, du poivre noir, un peu de thym,

    En tournant elle y introduit la mie de pain.

    Hors du feu elle lie par un œuf et du beurre.

    Sa farce est terminée. Tu sens ce qu'elle fleure !

    C'est alors qu'elle fait rissoler le chapeau

    Environ cinq minutes de chaque côté

    Un peu plus côté mousse qu'elle n'a pas ôtée,

    Le fait de le saler lui fait rendre son eau.

    Elle beurre le fond d'un plat à gratin rond

    D'un diamètre à peine égal au champignon.

    Elle garnit le fond de pâte feuilletée

    Et y pose dessus son cèpe renversé

    Elle étale sa farce harmonieusement

    Façonnant de la sorte un dôme culminant.

    Le tout est recouvert de pâte feuilletée,

    Au sommet elle ménage une cheminée.

    Léger nappage à l’œuf pour fournir le brillant

    Qui donnera au plat un côté attrayant.

    Cuisson à four moyen pendant une bonne heure.

    On sert le plat sur table! C'est alors le bonheur!

    Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

    Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

    D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc

    Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.

     

    Ingrédients et proportions pour six personnes:

    - Un gros cèpe de 25 à 30 cm de diamètre (ils ne sont pas rares), - 2 gousses d'ail, - 3 échalotes hachées, - 2 branches de persil hachées, - 1 à 2 hectos de chair à saucisse, - 1 demi-bol de mie de pain trempée au lait, - sel, poivre noir, thym, - 1 œuf, - 3 noix de beurre, - 2 feuilles de pâte feuilletée, - 1 jaune d'œuf (pour nappage).

     

    Les vins conseillés:

    Accordez ce plat avec des vins rouges à base de syrah, qui donnent des parfums de sous-bois, d'animal. En côtes-du-rhône : Saint-Joseph, Cornas, Crozes-Hermi­lage, Saint-Désirât, Saint-Pierre-de-Bœuf, Mauves. Certains Lirac. En vins du Languedoc: Saint-Chinian. Fitou. En vins de Provence, Bandol. Coteaux des Baux