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poésie de combat

  • Il blasphéma Sainte-Greta

    Imprécations hugoliennes

    tempête hugolienne.jpg

     

    Il neigeait. Les poteaux croulaient sous la tempête.

    Et le cosmos tonnait comme quand les dieux pètent.

    De tous les horizons, de tous les firmaments,

    Déclenchés par Éole tourbillonnaient les vents,

    Arrachant les forêts, déracinant les chênes.

    La Nature en furie rugit et se déchaîne

    S’acharnant sur la Drome, et l’Ardèche, et le Rhône

    Pour punir les blasphèmes vaniteux d’un seul homme.

    La terre se convulse et ouvre ses entrailles

    Avalant goulûment les gens et le bétail.

    Et la faille du Rhône se fend comme un brugnon,

    Engloutissant Tournon, Valence et Avignon.

    Au village de Plats a surgi un volcan

    Vomissant feux et laves dans un furieux boucan.

    Tricastin et Cruas, ces folies nucléaires

    Explosent, éjaculant dans tous les atmosphères

    Becquerels et röntgen, sournois rayons de mort

    Jetant leurs servants dans des gouffres de remords.

    Enfin pour achever le malheur sur ces terres

    Jeff Koons fit à Thomas un cadeau de gangster

    Pendant que les estrons éructées par Booba

    Rythmaient stupidement les horreurs d’ici-bas.

    Tandis que le soleil mourait sous une éclipse,

    Responsable atterré de cette apocalypse,

    René-Louis Thomas, confit de contrition,

    Baisant la terre, offrit au ciel un saucisson

    Un grand vin de chez Chave, de l’huile de Coudoux

    Pour tenter d’apaiser le terrible courroux

    De Yavhé, de Jésus, de François Mitterrand

    De Jupiter, d’Allah et des dieux de tous rangs.

    La faute, le péché terrible de Thomas :

    Il avait blasphémé contre Sainte Greta.

     

    Victor Hugh Oh Ayoli

     

    Illustration X - Droits réservés

     

     

  • Ouiquinde gastronomique: nourrissons-nous l'esprit avec François Cavanna et Omar Khàyyàm

     

    Il y a cinq ans, le 29 janvier 2014, François Cavanna allait rejoindre Omar Khayyàm pour cultiver l'Humour et la Raison dans les vignes du seigneur. Savourons en leur mémoire ces quelques lignes.

    franàois cavanna,omar khàyyàm


    François Cavanna :

    Un dieu salaud est capable de tout. Il n'y a pas d'autre terme à l'alternative: ou pas de dieu, ou un dieu salaud. J'ai choisi pas de dieu. Et si, pour improbable que soit la chose, Dieu existe quand même, ce dieu infiniment bon, infiniment intel­ligent qu'on nous présente, alors il ne peut pas m'en vouloir de ne pas croire en lui, puisqu'il fait tout pour cela. Je joue gagnant à tous les coups.

     

    Omar Khàyyàm :

    Si assuré et ferme que tu sois, ne cause de peine à personne ; 
    Que personne n’ait à subir le poids de ta colère.
    Si le désir est en toi de la paix éternelle,
    Souffre seul, sans que l’on puisse, ô victime, te traiter de bourreau. 

     

    Combien de temps jeterai-je des pierres dans la mer !
    Je suis écœuré des idolâtres de la pagode :
    Kháyyám ! Qui peut assurer qu’il habitera l’Enfer ?
    Qui donc jamais visita l’Enfer ? Qui, jamais, revint du Ciel ?

     

    François Cavanna :

    Peu importe

    Peu importe que la vie soit un accident, une chimie de hasard,

    Peu importe que se soient condensées galaxies et soleil, planètes et satelittes,

    Peu importe que quelques molécules se soient accolées en uhe première gelée vivante,

    Peu importe que la vie ai emplie les océans, et puis en soit sortie, et puis soit devenue crapaud, lézard, singe et enfin homme,

    Peu importe,

    Tu es là.

    Au bout de tout cela,

    Tu es là.

    Tout cela s'est fait pour toi.

    Ces milliards d'années, ces univers, ces hécatombes,

    Tout cela pour aboutir à toi.

    Et voilà : tu es là.

    Toi tout seul.

    Tu es un point infime de l'espace, un instant fugitif du temps,

    Mais tu es toi,

    Toi tout seul.

    Tu n'es pas la continuation de ton père, ni du père de ton père, ni des pères des pères de tes pères.

    Tu n'as pas demandé à être là,

    Mais tu y es,

    Tu es là,

    Tu es toi,

    Toi tout seul.

    Tu ne dois rien à personne ni à rien.

    Tu ne peux savoir pourquoi tu es là, ni si quelqu'un t'y a mis, pas même s'il y a un « pourquoi » ni s'il y a un « quelqu'un »,

    Et qu'importe ?

    Tu es là.

    N'écoute pas les menteurs.

    N'écoute pas les peureux.

    N'écoute pas la peur au fond de toi,

    N'écoute pas la tentation de la peur au fond de toi,

    N'écoute pas les profiteurs de la peur.

    Surtout,

    Surtout,

    Ne crois pas.

    Ne crois en rien, jamais,

    Ni pas peur,

    Ni par amour,

    Ni par pitié,

    Ni par faiblesse,

    Ni par convenance.

    Ne crois pas !

     

     

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    Omar Khàyyàm :

    Tu n’as pas aujourd’hui de pouvoir sur demain ;
    L’anxiété du lendemain est inutile.
    Si ton cœur n’est pas insensé, ne te soucies même pas du présent ;
    Sais-tu ce que vaudront les jours qu’il te reste à vivre ? 

    Sache ceci : que de ton âme tu seras séparé,
    Tu passeras derrière le rideau des secrets de Dieu.
    Sois heureux…tu ne sais pas d’où tu es venu;
    Bois du vin…tu ne sais où tu iras.

     

    François Cavanna :

    Œcuménisme

    Qu'ont en commun les inquisiteurs, les brûleurs de sorcières, les massacreurs de populations au nom de la foi (soixante mille égorgés lors de la prise de Jérusalem pendant la première Croisade), les bénisseurs d'armées, les pendeurs d'hérétiques, les incitateurs à l'assassinat pieu, les lapideurs de femmes adultères, les qui-vont-à-la-messe, bouffent du foie gras et laisse un abbé Pierre leur astiquer la bonne conscience en se faisant le bouc émissaire de la charité ?

    Ils ont en commun le mot clé de tous les culs-bénits :

    AMOUR

    Omar Khàyyàm :

    Nous et le vin et le banc de la taverne et nos corps d’ivrognes nous sommes
    Insoucieux de l’espoir de la miséricorde et de la terreur du châtiment ;
    Nos âmes et nos cœurs, nos coupes et nos vêtements tachés de lie
    Sont indépendants de la terre et du feu et de l’eau

    Ah ! Malheur à ce cœur d’où la passion est absente,
    Qui n’est pas sous le charme de l’amour, joie du cœur !
    Le jour que tu passes sans amour
    Ne mérite pas que le soleil l’éclaire et que la lune le console.

    Au printemps, sur la berge d’un fleuve ou sur le bord d’un champ,
    Avec quelques compagnons et une compagne belle comme une houri,
    apportez la coupe…ceux qui boivent la boisson du matin
    sont indépendants de la mosquée et libre de la synagogue. 

     

    Photos X - Droits réservés

  • Grandes voix: Victor Hugo en exil

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    Ultima verba

     

    La conscience humaine est morte ; dans l’orgie,
    Sur elle il s’accroupit ; ce cadavre lui plaît ;
    Par moments, gai, vainqueur, la prunelle rougie,
    Il se retourne et donne à la morte un soufflet.

    La prostitution du juge est la ressource.
    Les prêtres font frémir l’honnête homme éperdu ;
    Dans le champ du potier ils déterrent la bourse ;
    Sibour revend le Dieu que Judas a vendu.

    Ils disent : – César règne, et le Dieu des armées
    L’a fait son élu. Peuple, obéis, tu le dois ! –
    Pendant qu’ils vont chantant, tenant leurs mains fermées,
    On voit le sequin d’or qui passe entre leurs doigts.

    Oh ! tant qu’on le verra trôner, ce gueux, ce prince,
    Par le pape béni, monarque malandrin,
    Dans une main le sceptre et dans l’autre la pince,
    Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin ;

    Tant qu’il se vautrera, broyant dans ses mâchoires
    Le serment, la vertu, l’honneur religieux,
    Ivre, affreux, vomissant sa honte sur nos gloires ;
    Tant qu’on verra cela sous le soleil des cieux ;

    Quand même grandirait l’abjection publique
    À ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;
    Quand même l’Angleterre et même l’Amérique
    Diraient à l’exilé : – Va-t’en ! nous avons peur !

    Quand même nous serions comme la feuille morte ;
    Quand, pour plaire à César, on nous renierait tous ;
    Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,
    Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;

    Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,
    Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
    Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
    Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;

    Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
    Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
    Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
    Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !

    Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
    Bannis, la République est là qui nous unit.
    J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
    Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !

    Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
    La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
    Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
    Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.

    Devant les trahisons et les têtes courbées,
    Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
    Sombre fidélité pour les choses tombées,
    Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain !

    Oui, tant qu’il sera là, qu’on cède ou qu’on persiste,
    Ô France ! France aimée et qu’on pleure toujours,
    Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
    Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !

    Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
    France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout.
    Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
    Je resterai proscrit, voulant rester debout.

    J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,
    Sans chercher à savoir et sans considérer
    Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,
    Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.

    Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
    Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
    S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
    Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !

    Victor Hugo

     

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