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économie - Page 12

  • « Grand débat national. » Y aller ou pas ?

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        Il faut y aller, bien sûr ! Mais sans être dupe des manœuvres gouvernementales. On ne peut pas critiquer, refuser la politique du gouvernement, se lancer dans des manifestations innovantes et bienvenues comme celles des « Gilets jaunes » et refuser de discuter de ce que l’on rejette et se couper, aussi, d’exprimer ses propres propositions. C’est une simple question de cohérence.

        Mais il faut savoir quel sera le sort fait aux propositions qui émergeront de ce débat. Et qui en fera le tri !

        Seront-elles traduites par des décisions gouvernementales, et dans quel sens, surtout si elles vont à l’encontre de la politique ultralibérale impulsée par le banquier Macron ?

        Chantal Jouano - qui a refusé de faire le job pour lequel elle est grassement payée tout en gardant sa paie ! - estime que bien que la synthèse du débat recensera toutes les opinions, « ce sera au gouvernement de décider ce qu’il en fera ou pas ». Autrement dit ces débats risquent de passer à la moulinette macronienne. Cette crainte est corroborée par le fait que le Président a d’ores et déjà tracé des lignes rouges : pas question de détricoter les réformes décidées depuis 18 mois, comme la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF), ni de renoncer aux réformes prévues (retraites, fonctionnaires, minimums sociaux…). Le risque d’enfumage est donc réel et implique donc une pression vigilante et constante des Gilets jaunes.

        Ces débats sont encadrés et même dirigés puisque leur contenu est d’ores et déjà circonscrit par le gouvernement à quatre grands thèmes : - transition écologique, - fiscalité et dépenses publiques, - démocratie et citoyenneté (dont immigration), - organisation de l’État et des services publics. Mais « les organisateurs de débats locaux ont la liberté de choisir tout autre thème qui leur semble pertinent », précise d’emblée Matignon.

        Il sera donc important que ces débats, sous leur forme physique - puisqu’il y aura aussi une plateforme numérique qui permettra de déposer des contributions dès le 15 janvier – soient animés par les gens rodés (présidents d’associations, conseillers municipaux, journalistes locaux) parce qu’il y aura évidemment des trolls chargés de saborder les débats et des lobbies bien décidés à imposer leurs points de vue. Une salle de débats, il faut savoir la tenir sinon ça dérape vite !

        Des cahiers de doléances ont déjà été lancés dans plus de cinq mille petites communes, donnant le bon exemple en la matière. Il en ressort que les préoccupations arrivant en tête sont le pouvoir d’achat, l’injustice fiscale, la diminution des services publics. Ce qui reflète les préoccupations de cette France oubliées, celle de la ruralité, celle qui s’exprime sur les ronds points et qui – ô miracle ! - découvre sa force.

        Des demandes qui ne semblent pas être dans la ligne macronienne… Parce que le pouvoir d’achat, ça veut dire des sous ; l’injustice fiscale ça veut dire arrêter les cadeaux aux patrons (CICE, crédit impôt recherche, etc., arrêter les cadeaux aux plus riches (suppression de l’ISF, « flat tax »), le maintien des services public ça veut dire stopper les fermetures de bureaux de postes, d’écoles dans tous les villages, de services fiscaux, de tribunaux, d’hôpitaux, de maternités, etc. dans les petites villes. Si ces demandes émergent une nouvelle fois de ces débats, il faudra bien que la Macronie en tire les conclusions. Sinon, loin d’avoir calmé la contestation, ce qui sera compris comme une trahison risquera alors de déboucher non plus sur une révolte, sur une jacquerie mais sur une révolution.

        Les têtes d’œuf qui nous gouvernent (mal !) devraient peut-être avoir la prudence de réviser leur Histoire…


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  • Ça vous dirait de coucher dehors ?

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    « Fort mistral sur la basse vallée du Rhône avec des rafales entre 100 et 120 km/h ». Dur, dur d’être dehors. Encore plus de passer la nuit – ne parlons pas de dormir – dehors...

    C’est pourtant le cas de « Peter », plutôt « Piteur », un clochard à l’ancienne de mon quartier. Ailleurs, à Marseille, l’effondrement de deux immeubles a tué huit personnes… Se loger ? Un luxe...

    Pourtant dans les propos de notre président, aucune parole consacrée aux problèmes essentiels du logement. Sera-t-il listé dans les sujets du « grand débat national » que nous concocte la Macronie ? Qui lo sa…

    La question du logement, la cherté aberrante des loyers sont soigneusement occultés. Or c’est la cause essentielle de la perte de pouvoir d’achat qui a mis les « gilets jaunes » sur les ronds-points et dans la rue. Le logement est le premier poste de dépense des ménages et il augmente régulièrement depuis des décennies pour atteindre maintenant des niveaux insupportables pour les « tranches populaires ». Le quart le plus pauvre des ménages doit dépenser chaque mois 40,7 % de ses revenus pour se loger en location et 48 % pour le paiement des traites en accession à la propriété.

    Jusqu’aux années 1980, les loyers étaient encadrés (loi 48) afin que les classes populaires puissent se loger correctement à des prix supportables. Ceci sous la pression constante de syndicats encore puissants. Encadrement accepté par les gouvernements, de droite comme de gauche afin de sauvegarder la paix sociale.

    Puis vint Chirac qui, dans le grand mouvement de décadence sociale Thatcher-Reagan, a dérégulé progressivement ce secteur tout en encourageant la spéculation immobilière.

    Enfin vint Macron et sa loi « Elan » (évolution du logement, de l’aménagement et du numérique) : - baisse drastique des APL, - création d’un bail précaire de 1 à 10 mois non reconductible destiné à flinguer le bail classique de 1 ou 3 ans reconductible, - flingage des obligations d’aménagement pour handicapés, - flingage de la loi littoral et autres joyeusetés. Avec, cerise sur le gâteau immobilier, l’obligation faite aux organismes HLM de vendre une partie de leur parc, ouvrant ainsi ce secteur à toutes les spéculations. Ultralibéralisme oblige…

    Il n’en pas toujours été ainsi. Il est des choses que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme disait Charles. Ainsi, en 1963, les ménages consacraient 6,3 % de leurs revenus pour se loger. En 1973, cette dépense avait un peu augmenté mais restait cantonnée à 10 % des revenus. À comparer avec les 40 à 50 % d’aujourd’hui suite à la dérégulation du secteur livré à toutes les spéculations.

    Comment vivre avec un SMIC, même à 1 500 euros brut par mois, soit 1 200 euros net avec un loyer de 600 à 700 euros, pour souvent pas grand-chose ?

    La colère des gilets jaunes, sa motivation essentielle est là. Le loyer plus les autres dépenses obligatoires : eau, électricité, chauffage, abonnements internet, assurances, carburant… N’en jetez plus. Dès lors il faut souvent choisir : se soigner où aller au cinéma, payer quelques loisirs aux enfants, etc. Avec une terrible épée de Damoclès qui rode : le risque d’expulsion et la rue, comme Peter…

    Voilà ce que sont les « réformes » Macron : s’attaquer à tout ce qui « ne va pas dans le sens du marché ». Pourtant, des pays encore plus ultralibéraux que nous, l’Allemagne et le Royaume uni ont une politique du logement différente. L’Allemagne débloque 5,7 milliards sur 4 ans pour construire un million et demi de logements. Même les Anglais mettent 2,6 milliards pour aider leurs HLM locales.

    Puis, il va « réformer » les retraites. Allez voir là comment les futurs retraités vont être mangés à la sauce Macron.

    Sans oublier le chômage, avec la culpabilisation de ces feignasses de chômeurs, tous soupçonnés, à travers les nouvelles mesures Darmanin, d’être des tricheurs potentiels, afin de les forcer à accepter n’importe quel emploi à n’importe quel prix. Le patronat français jubile : les jobs à un euro à l’anglaise ou à l’allemande ne sont pas loin.

    Allez, finies les vacances, finies la « trêve des confiseurs ». Cocus de la Macronnies de tous bords, sortez vos gilets jaunes ! Ou baisser votre froc, Jupiter offre la vaseline…

     

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    Sources:

    https://www.bondyblog.fr/reportages/cest-chaud/loi-elan-comment-le-gouvernement-attaque-le-logement-social-2/

    https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1975_num_73_1_2268

    https://www.insee.fr/fr/statistiques/2586026?sommaire=2586377

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  • La révolte des pères Noël en gilet jaune !

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    Dans une pièce quelque part dans le Grand Nord se tiennent quatre personnages. Au centre, un homme d’affaire avec l’uniforme de sa fonction : costumes sombre, cravate, attaché-case. Il fait les cent pas nerveusement. A ses côtés, trois pères Noël en robe rouge bardée...d'un gilet jaune !

    L’homme d’affaires les tance en globish :

    — Messieurs les pères Noël, votre attitude est inadmissible ! Mais qu'est-ce que c'est que ce déguisement ? Un gilet jaune sur votre houppelande rouge ! Que va penser notre sponsor Coca cola, c'est lui qui paie vos houppelandes. Et chers ! Mais enfin qu'est-ce qu'il vous prend ? Vous mettre en grève, dans le monde entier, la veille de Noël ! C’est un coup de force inacceptable. Virés ! Tous ! Vous allez tous être virés ! Un plan social planétaire ! Fired ! FIRED !

    Auriez-vous oubliés, Messieurs que c’est nous — le monde des affaires, les usines de jouets, le grand commerce — qui vous avons créé ? Qui vous avons inventé pour servir les intérêts de nos actionnaires ?

    Auriez-vous oubliés que vous n’avez d’autre légitimité que celle du commerce ? Votre existence même est liée à l’efficacité avec laquelle vous incitez les enfants, et surtout leurs parents à acheter, acheter, acheter ! Acheter toujours plus de jouets toujours plus chers, toujours plus compliqués. Ceci afin que nos usines tournent, que nos établissements vendent, que nos profits se gonflent. Pour le plus grand bien de nos actionnaires, les retraités américains. Votre seule fonction est de faire en sorte que les enfants engraissent les retraités du Wisconsin et de Dallas ! Compris ?

    Le père Noël le plus barbu, bardé d'un grand gilet jaune fluo, prend alors la parole :

    — Nous savons pertinemment que c’est vous, les gens des affaires, qui nous avez inventés. Nous savons très bien que nous n’avons pas de légitimité religieuse ou mythique, comme Saint-Nicolas, comme la Babouchka, comme la Béfana. Autant de personnages sympathiques, reflets de cultures ancestrales à travers le monde, et que vous avez — à travers nous — ridiculisés, ringardisés et jetés aux oubliettes. Nous savons tout cela.

    — Alors fermez-là et travaillez ! Travaillez ! Vous m’entendez ? Prenez vos rennes — un troupeau dont l’entretien toute l’année nous coûte beaucoup d’argent tout comme ce siège social en Laponie, une folie qu'il nous faut rentabiliser. Prenez vos rennes et partez livrer les produits de nos usines. Nous avons investi en promotion et publicités des milliards et des milliards. Ce n’est pas pour que le profit qu’en attendent nos actionnaires soit mis à mal par les états d’âme d’employés subalternes tels que vous !

    — Non. Nous ne travaillerons pas cette nuit de Noël. Nous refusons de continuer à nous faire les complices d’une gigantesque opération de racket mondial et d’abrutissement de l’enfance. Nous ne livrerons pas vos jeux électroniques basés sur la violence et la mort. Nous ne livrerons pas tous ces gadgets, très chers, trop chers, qui ruinent les parents et n’intéressent que peu les enfants.

    — Ggrrrr ! ! ! ! C’est une catastrophe ! Nos profits ! Mes stock-options ! Avec le mal que nous nous donnons depuis des années pour imposer aux enfants l’usage de nos jeux électroniques…

    — Nous qui connaissons les gosses, nous qui voyons le rêve dans leurs yeux la veille de Noël, savez-vous ce que nous avons remarqué ? C’est que les enfants, au matin tant attendu jouent surtout… avec les cartons d’emballage des jouets coûteux que vous leur imposez ! Voilà pourquoi nous refusons dorénavant de nous faire les complices de votre entreprise de négation du rêve, de négation de toute culture. Nous refusons — nous pères Noël du monde — d’être vos instruments dans cette entreprise d’acculturation mondiale : partout une seule et même musique, partout les mêmes jouets chers et tuant l’imagination, partout une seule idéologie, celle de l’argent, du fric, du pognon.

    Nous voulons, nous, pères Noël, que les enfants du monde rêvent, réfléchissent, s’épanouissent dans la diversité et la richesse de leurs cultures.

    — Mais c’est une révolution ! Apprendre à réfléchir aux gosses… Puis quoi encore ? Ont-ils besoin de réfléchir pour devenir de bons consommateurs adultes ? Bien dociles et réceptifs à nos messages publicitaires ? Mais vous voulez tout foutre en l’air, ma parole ! Mes profit… Mes stock-options… Fired ! FIRED !

    Avec tout l’argent que nous dépensons dans les télévisions, dans les ordinateurs, dans les play-stations, dans les e.phones et toutes leurs applications pour empêcher les gens de réfléchir. Pourquoi pas la liberté, l’égalité, la fraternité puisque vous y êtes ? Révolutionnaires ! Sans-culottes ! Bolchéviques ! Gilets jaunes ! Vous allez nous ruiner avec vos dangereuses utopies ! Mais pour qui vous prenez-vous ?

    — Pour des gens qui ont une grande responsabilité. Bien sûr, nous sommes vos créatures, mais nous tenons maintenant notre légitimité de notre succès. Des millions d’enfants du monde croient en nous et nous attendent avec espoir, la tête pleine d’étoiles. Nous ne pouvons pas les décevoir. Nous ferons donc notre tournée cette année encore…

    — Ah ! Enfin une bonne parole ! Alors finis de jaser pour ne rien dire. Remplissez vos hottes, vos traîneaux, atteler vos rennes, débarrassez-vous de votre stupide gilet jaune et, Oust ! Partez !

    — Je crois que nous nous sommes mal compris. Nous allons faire notre tournée, mais pas pour livrer vos niaiseries. Nous allons porter aux enfants du monde des messages d’intelligence, des ferments de liberté, des gages d’égalité, des élans de fraternité.

    — Ah ! Ah ! Laissez-moi ricaner… Et comment donc ?

    — N’oubliez pas que nous sommes en Scandinavie, patrie des célèbres Prix Nobel. Eh bien nous, nous allons créer les “ Prix Noël ” ! Nous allons livrer dans les cheminées des enfants du monde des Livres ! Des Livres ! Car c’est dans les Livres que se trouve le Savoir, l’Intelligence, la Tolérance, la Concorde, l’Entraide, l’Amitié et l’Amour entre les enfants, entre les Hommes.

    Tandis que l’homme d’affaire se ronge les poings en morigénant, les pères Noël s’en vont, leurs hottes pleines de livres, au trot tintinnabulant de leurs rennes ailés.

    Rêve ? Heureusement qu’il reste le rêve : la dernière liberté…

     

    Victor Ayoli


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