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polémique

  • Qui sont les fabricants et les profiteurs de la Sainte Dette?

    « Les banques, je les ferrrment, 

    les banquiers, je les enferrrment ! »

     

    Samedi, je dinais (à midi!) avec quelques amis et, en face de moi était une brave dame qui était cadre dans une agence bancaire. Moi qui aime les banquiers surtout morts et qui estime qu’il n’y aura jamais assez de platanes pour tous les pendre, je me suis lancé dans une de mes diatribes préférées du genre « Voler une banque n’est pas un délit, simplement de la récupération car il s’agit de voler des voleurs ! » « Les banques ne servent qu’à faire les poches des pauvres pour goinfrer les riches et les banquiers sont des nuisibles ». J’appelais même de belles citations du genre « Les banques, je les ferrrment, les banquiers, je les enferrrment ! » comme disait Vincent Auriol ; « Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu'une armée debout. Celui qui contrôle l'argent de la nation contrôle la nation. » Thomas Jefferson (troisième président des Etats-Unis) ; « Il est bon que le peuple ne comprenne pas notre système bancaire et monétaire, car si c'était le cas, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin. » (Henry Ford); « Donnez-moi le contrôle sur la monnaie d'une nation, et je n'aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois. » Mayer Amshel Rothschild (1743-1812) ; « Il y a deux manières de conquérir et asservir une nation. Une est l'épée. L'autre est la dette »; « There are two ways to conqueer and enslave a nation. One is by the sword. The orher is by dept. » (John Adams, 1735-1826, deuxième président des États-Unis), etc.

    Cette brave dame en était à se poser des questions sur mon intégrité intellectuelle ou…à se demander si elle participait à son petit niveau à une gigantesque arnaque. J’ai donc essayé de lui expliquer pourquoi et surtout comment les banques étaient des institutions nuisibles et les banquiers des faux-monnayeurs.

    Les banques, d’abord chez les riches marchands vénitiens - de somptueux voyoux s'il en est - , eurent comme fonction première de garder la monnaie (métallique) et de faciliter les paiements en évitant de coûteux et hasardeux transferts de monnaie d’or ou d’argent d'un lieu à un autre. Les banques étaient rémunérées par les déposants.

    Les banquiers ont constaté que les déposants ne retiraient qu'un dixième de leur monnaie (métallique) pour leur usage courant, laissant dans les coffres de la banque les neuf dixièmes de leur avoir. Les banquiers, sans le leur dire bien sûr, se sont permis de prêter les neuf autres dixièmes dont ils n'étaient pas les propriétaires, se rémunérant sur les intérêts des remboursements. Or, lorsque vous prêtez de la monnaie à un proche, vous ne pouvez pas l'utiliser pour des achats, c'est-à-dire la dépenser. Mais alors que les déposants des banques peuvent utiliser toute leur monnaie déposée, les emprunteurs peuvent aussi le faire: la quantité monétaire disponible pour des achats est donc multipliée par 1,9, situation qui dure tant que les banques renouvellent ces prêts. Ainsi les banques sont devenues des faux-monnayeurs. Ce qu’on appelle maintenant de la « création monétaire ». Les intérêts enrichissaient tant les banquiers qu'afin d'attirer le maximum de dépôts, ceux-ci ont moins exigés de rémunération pour les dépôts ou ont même versé des intérêts aux déposants.  Dans une troisième étape (au dix-septième siècle aux Pays-Bas puis en Angleterre), les banques se sont permis de prêter plus de monnaie que la quantité déposée chez elles, ce qu'ignoraient les déposants et la population en général. À la seconde moitié du dix-neuvième siècle, ce système, dissimulé car considéré comme coupable auparavant, devint public et autorisé, et s'étendit. Il a atteint aujourd’hui des aberrations himalayennes, l’économie réelle puis les États étant entièrement dans la main des financiers. Les banquiers ont pour cela inventé le multiplicateur de crédit : c’est un procédé qui permet aux banques de prêter plus d’argent qu’elles n’en détiennent en réserve. Ce taux est actuellement autour de 1 à 9, c’est-à-dire que les banques « prêtent » neuf fois ce qu’elles ont en réserve. Pour cela, si nécessaire, elles se « recapitalisent » auprès d’un organisme central, avant auprès de la Banque de France, maintenant auprès de la Banque Centrale Européenne. Elles se recapitalisent à taux quasi nul (0,5 à 1%) et prêtent ce même pognon à 3 ; 4 ; 6% et plus tant aux particuliers qu’aux États !  Donc ils se gavent en prenant des intérêts en prêtant du pognon qu'ils n'ont pas ! 

    Le découplage de la monnaie et d'un matériau de valeur intrinsèque, précieux, rare, coûteux à obtenir (or, argent, coquillage, etc.) a pour avantage de ne pas rendre la quantité monétaire dépendante de la quantité extraite ou produite de ce matériau, mais dépendante de l'activité d'endettement.

    Le problème est que, si la création de la monnaie fiduciaire (billets et pièces), est monopolisée par les États, ce qui fait croire aux citoyens que c'est l’État qui crée la monnaie, la création de la monnaie scripturale (c'est-à-dire dix-neuf vingtièmes de la monnaie) a été monopolisée par les banques privées par le crédit rémunéré dont les clients, y compris les États, doivent rembourser le capital plus les intérêts

    Par des lois dont le sens a échappé aux peuples, les États ont privatisé la création monétaire, si bien que les peuples soi-disant souverains et leurs États sont obligés d'acheter leur monnaie aux banques privées !

    En France, cette « répression monétaire » a débuté en 1973 par la refonte des statuts de la Banque de France visant à interdire à cette institution la possibilité d’effectuer des avances au Trésor public (loi n°73-7 du 3 janvier 1973).

    Ainsi, Le 3 janvier 1973 (juste après les fêtes de fin d'année, donc), le président de la République française Georges Pompidou, ancien directeur de la banque Rothschild (auparavant choisi par le président Charles de Gaulle comme Premier Ministre afin d'assurer l'indépendance financière de la France face aux États-Unis), avec pour Ministre des Finances Valéry Giscard d'Estaing (dont le petit cousin Nicolas Giscard d'Estaing deviendra aussi directeur de la banque La Compagnie Financière Edmond de Rothschild), fait voter une loi qui interdit à l'État le recours à l'émission des bons du trésor, c'est-à-dire de faire des emprunts d’État exempts d'intérêt, par l'abscond article 25 : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France. » La Banque de France abandonne sa fonction de service public de créateur monétaire, car jusqu'en 1973, l’État français, par le Trésor public, "empruntait" (en fait faisait créer une monnaie gratuite) à la Banque de France, deux services publics. L'application de cette loi contribuera au début et à l'accroissement de l'endettement de l’État français à partir de 1974 jusqu’au gouffre abyssal actuel.

    Ces dispositions seront reprises dans le traité européen de Maastricht, en 1992, par l'article 104, § 1, « interdit en effet à la BCE (Banque Centrale Européenne) et aux banques centrales des États membres, d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »

    Par ces traités manipulés par la finance internationale, les États sont donc dans la main de la pieuvre financière. Ainsi, les « marchés » ont obtenu ce qu’ils voulaient : l’assurance que les États paieront quoi qu’il arrive, même s’ils doivent pour cela tailler dans les services publics, les prestations sociales et les retraites…

    Bon. Après ça, j’ai tout de même trinqué avec la brave dame, cadre de banque tout de même un peu ébranlée dans ses confortables convictions !

     

    Sources

    Lien 1  http://lucadeparis.free.fr/infosweb/creation_monnaie.htm

     

    Lien 2  http://attac78sud.free.fr/public/PDF/ECN2_jocelyn_PETIT.pd



    Jean Victor JOUBERT

     

  • « Le grand détournement ». L’histoire d’un hold up...

     

    Ça y est, on a reçus notre carnet de notes. Et il n’est pas très bon : A+. Ma foi, à l’école, un A+, ça fait plaisir mais là, paraît que c’est mauvais. Il nous l’a assez seriné tonton Bayrou : « La France est au bord du gouffre. Nous allons être mis sous tutelle du FMII. Il faut se serrer la ceinture ».

    Et c’est la chasse aux gaspi, on fustige l’assistanat de ces parasites de bénéficiaires du RSA et des chômeurs, on est intraitables avec l’artisan qui déclare « mal » ses employés, on envoie les plus redoutables de ses inspecteurs passer au crible la compte des PME.

    Honte à ces profiteurs, qu’ils disent nos « zélites dirigeants ». Ben voyons.

    Et tonton Bayron qui serre le kiki des « derniers de cordée » pour trouver ses quarante quatre milliards d’éconocroques ! Ça ne lui a pas réussi puisqu’il s’est fait virer et que la grogne prend de l’ampleur. Bel héritage pour la banard qui arrive.

    Quarante quatre milliards qui restent à trouver. Les prendre à qui ? Aux riches ? Tss Tss pas de gros mots ! On va les fâcher les riches. Et ils agitent déjà le chiffon rouge :  Si on continue à vouloir trop les imposer en France, alors la menace pointe : les grandes entreprises qui nous restent délocaliseront… encore davantage.

    Je suis en tain de lire un livre sorti ces jours-ci - « Le grand détournement - Comment milliardaires et multinationales captent l'argent de l'État » de Matthieu Aron (Auteur), Caroline Michel-Aguirre (Auteur). Je ne saurais trop vous le conseiller.

    On en apprend des belles ! Pendant que nos « zélites » pressurent les « sans-dents » pour trouver ces 44 petits milliards, on apprend que le montant total des aides publiques aux entreprises privées n’existe dans aucun document officiel mais que, selon l’enquête des deux journalistes, l’addition atteint jusqu’à 270 milliards par an ! Plus que les dépenses consacrées à la santé (249 milliards), presqu’autant qu’aux retraites (287 milliards) et infiniment plus qu’a l’Éducation nationale (76 milliards) et à la Défense (100 milliards).

    La France est le pays d’Europe qui soutient le plus massivement ses entreprises. Qui le sait ? Les auteurs nous apprennent comment et combien.

    Premier poste : les exonérations et les exemptions de charges patronales, le mieux documenté. En 2024, leur coût s’élève à 91,3 milliards d’euros.

    Deuxième poste : les niches fiscales. On y trouve pêle-mêle le crédit impôt recherche, les régimes d’imposition spécifiques des holdings, ou encore les taux réduits de TVA pour la restauration. Une étude publiée en juillet 2025 par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan les évalue pour sa part à 109 milliards d’euros.

    Troisième et dernier poste : les subventions directes. Une commission d’enquête du Sénat en juillet 2025 avançait un chiffre de 48 milliards.

    Les auteurs retiennent une estimation de 270 milliards. Un pognon de dingue, comme dit l’autre ! Et une évidence : l’État français maintient sous perfusion constante les entreprises privées. Chaque euro attribué à ces aides est un euro de moins pour l’hôpital, l’école, les retraites, les services publics. Ou plus exactement : c’est un euro emprunté, qui accroît la dette publique.

    Et où il va ce pognon ? Parmi les quelque 5 millions d’entreprises que compte la France, quelles sont celles qui profitent le plus de ce système ? Certes, les plus petites – moins de cinquante salariés – captent environ la moitié des baisses de cotisations patronales, mais les grands groupes raflent la mise sur le terrain des déductions fiscales, en particulier via le crédit d’impôt recherche.

    Savez-vous quelle est l’entreprise la plus aidée de France ? Les auteurs nous l’apprennent :

    «La CMA-CGM : la société la plus aidée de France Rodolphe Saadé, sa sœur Tanya et son frère Jacques, propriétaires de la CMA-CGM, la compagnie marseillaise aux 600 porte-conteneurs, ont véritablement remporté le jackpot grâce au coronavirus. Chaînes logistiques mondiales bouleversées, flambée des coûts d’expédition entre l’Asie et l’Europe, et à l’arrivée bingo pour tous les transporteurs maritimes. En seulement deux ans, la richesse des Saadé a été multipliée par cinq : plus de 28 milliards d’euros de bénéfices accumulés entre 2021 et 2022. Vingt-huit milliards.

    Plus incroyable encore, cette entreprise, bien qu’en éclatante santé, est actuellement la plus aidée de France ! Elle bénéficie d’un régime d’imposition hors norme. À la différence de toutes les autres sociétés françaises, elle n’est pas assujettie à l’impôt sur les bénéfices. Ce qui lui permet de payer moins de 2 % de taxes, au lieu de 25 %. Soit, en 2021-2022, une économie de 10 milliards d’euros. Et un manque à gagner tout aussi colossal pour les finances publiques. Cette somme représente ce que nous allons devoir payer collectivement pour augmenter nos dépenses militaires d’ici à 2027.

    Il faut dire que, pour conserver son passe-droit, la CMA-CGM se livre à un lobbying intensif. En octobre 2024, Rodolphe Saadé en personne a même reçu en tête à tête l’une des figures les plus influentes du Palais-Bourbon, Charles de Courson, vétéran centriste et rapporteur du budget. Juste avant l’ouverture des discussions à l’assemblée, le P-DG a fait passer un seul message au député : si la niche disparaît, la CMA-CGM devra se délocaliser, avec à la clé pertes d’emplois et fragilisation des ports français. Un avertissement transmis tel quel dans l’hémicycle. « Un tel lobbying, nous n’avions jamais vu ça », ont confié plusieurs parlementaires.

    Le 6 mars 2025, leur aîné, Rodolphe, se précipite pourtant dans le bureau de Donald Trump. La scène, diffusée alors en boucle sur les chaînes du monde entier, a de quoi laisser pantois : huit jours seulement après que le président états-unien a déclenché une guerre commerciale contre l’Europe, l’armateur marseillais pose fièrement devant une carte du golfe du Mexique renommée – sur ordre du Président – « golfe d’Amérique ». Dans la foulée, il annonce à l’hôte de la Maison Blanche, et toujours devant les caméras, un investissement de 20 milliards de dollars ainsi que la création de 10 000 emplois aux États-Unis. Puis il promet de tripler le nombre de navires battant pavillon américain, de 10 à 30. »

     

    On en apprend d'autres:
    « Qui profite en premier lieu de ces milliards ? Les gros actionnaires. Une poignée d’héritiers, de grands patrons et de rentiers qui, dans le même temps, parviennent à se soustraire toujours davantage à l’impôt. Dans cette logique devenue folle, les « dindons » de cette farce fiscale sont toujours les mêmes : les classes moyennes et supérieures. Alors qu’elles contribuent largement à l’effort national, en étant taxées bien souvent à près de 50 %, les très grandes fortunes, elles, sont en moyenne imposées moitié moins. Le paradoxe est saisissant : dans un pays longtemps présenté comme un exemple d’égalité, la fiscalité s’est peu à peu inversée. Ce ne sont plus les plus riches qui paient proportionnellement le plus, mais les catégories sociales qui se situent en dessous. C’est cette mécanique que nous avons voulu disséquer. En effectuant une plongée au cœur de cette « élite » biberonnée aux subventions publiques. Les véritables « assistés » ne sont pas nécessairement ceux auxquels on pense. »

    En apprenant tout ça, on a la rabia et les aliboffis qui gonflent ! Et on comprend mieux dès lors cette sourde colère qui monte et s’exprime en promettant de « Bloquer tout ».

    Sources : « Le grand détournement - Comment milliardaires et multinationales captent l'argent de l'État » de Matthieu Aron (Auteur), Caroline Michel-Aguirre Allary Editions

  • ÇA CRAME partout. Et ça pose bien des QUESTIONS !

    On regardait, un peu blasés, les feux géants de Californie, de Sibérie, de Grèce, de Turquie. Maintenant c’est chez nous. C’est dans le Gard, c’est dans l’Hérault, en Aveyron, dans ce pays des sources maintenant à sec, c’est même en Bretagne. Partout !

    C’est pas encore dans les Landes cette année, mais pour combien de temps ? Il faut savoir que là on paie la monoculture imbécile de millions de pins plantés sous Napo-le-petit au détriment des espaces humides, de ces marais berceaux de la biodiversité sacrifiés sur l’autel du « progrès » avec une forêt rentable mais qui ne demande qu’à cramer. Et ce n’est pas la première fois. Les incendies actuels sont de la gnognotte à côté de ce qui passé en 1949 :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Incendie_de_la_for%C3%AAt_des_Landes_de_1949: Le 19 août, vers 13 heures, le feu prend au lieu-dit Le Murat, sur la commune de Saucats. L’enquête conclut qu’il serait parti de la cabane de la scierie Pioton, où un gardien fumait dans son lit.

    Les premiers sauveteurs, armés de branches de pin, ne peuvent lutter contre la propagation du feu qui s’étend rapidement dans les pins, les landes et les chaumes.

    Un premier contre-feu est allumé au lieu-dit la Lagune du Merle, mais en vain, le feu passe.

    Le vent violent souffle du nord-est et le feu se dirige rapidement vers la commune du Barp. Son front s’étale alors sur une longueur de 5 km. Toute la nuit, des mesures sont prises pour contrer l’avancée du feu. Trois autres contre-feux échouent. Le vent tourne et le feu se dirige à l’ouest, il parcourt alors 4 kilomètres par heure. Il menace les villages de Salles et de Mios (le 20 août vers 10 heures, le feu n’est qu’à 600 m de Mios).

    D’importants contre-feux sont mis en œuvre dans la matinée du 20, et l’on croit alors à une accalmie. Mais, à 15 h 15, le vent tourne brusquement et prend alors une direction nord-est. Les flammes, attisées par un vent puissant, raniment l’incendie partout où il semblait éteint. Les flammes bondissent de 200 mètres comme lancées par des engins de guerre. On estime que l’incendie a parcouru 6 000 hectares en 20 minutes. Une véritable tempête de feu s’abat sur la zone et ses occupants, tuant 82 sauveteurs présents sur le front nord.

    « On voyait les flammes courir tout au long de leur corps étendus ; la graisse gonflait et les flammes gouttaient au bout de leurs souliers, de leurs bottes ou de leurs sabots carbonisés… » raconte un des sept survivants de la tragédie.

    À 17 heures, la région est plongée dans l’obscurité. Une pluie de feuilles et d’aiguilles carbonisées, de morceaux d’écorce calcinée, et de cendres recouvre Bordeaux. Le nuage de fumée est visible à plus de 100 km à la ronde.

    À 22 heures, le vent s’étant calmé, la situation s’améliore. Ne restent que deux fronts inquiétants vers Léognan et Pierroton, mais ceux-ci demeurent maîtrisables.

    Le feu de forêt de 1949 est l’incendie le plus meurtrier qu’ait connu la France. Il a fait 82 victimes (des fonctionnaires des encadrant des pompiers, des bénévoles — dont le maire de Saucats, Roger Giraudeau —Eaux et Forêts et 23 militaires du 33e régiment d’artillerie de Châtellerault).

    Les incendies de l’été, ce sont des calamités que l’on connaît, hélas. Des forêts entières partent en fumée. Il faut cent ans pour faire un pin, une minute pour qu’il explose en feu…

    Alors pourquoi ça crame là et en ces périodes de grandes migrations touristiques ?

    Les feux sont le plus souvent d’origine humaine. Mais ce ne sont pas les touristes qui mettent volontairement le feu. Les actions réellement malveillantes sont généralement le fait de locaux : jalousie de chasseurs, bergers « préparant » de futurs parcours à moutons, promoteurs « prévoyants » dégageant une colline pour, vingt ans après, acheter et construire. Sans oublier les abrutis fascinés par le feu et le ballet des Canadairs. Si, ça existe. Mais il faut savoir que le trif pour un incendie volontaire, c’est les assises.

    Les touristes mettent le feu non pas sciemment mais par KONNERIE.

    La konnerie tragique, c’est de jeter son mégot, même sommairement écrasé, par la fenêtre de sa voiture, sur autoroute comme sur toutes les nationales et départementales. Elles sont belles nos petites routes qui permettent de découvrir ces si jolis paysages de l’intérieur, qui traversent ces odorantes forêts de pins où cransignent les cigales. Mais ce sont de véritables brûlots avec la chaleur et la sécheresse estivales. Les aiguilles de pins dégagent des vapeurs de térébenthines extrêmement inflammables. Un mégot et surtout son filtre vont se consumer lentement et longtemps. Assez longtemps en tout cas pour qu’une rafale de mistral ravive la minuscule braise jusqu’au point éclair. Et c’est le départ d’un feu de forêt… Ça coûte jusqu’à 45 000 euros et 3 ans de taule. Mais que dire des constructeurs automobiles qui ont SUPPRIMÉ LE CENDRIER dans les nouvelles voitures ?

    La konnerie, c’est de faire un barbecue en campagne. On les fait griller à l’ombre bien sûr les merguez et les côtelettes d’agneau. Qui dit ombre dit arbres. Et les arbres, chez nous, ce sont presque toujours des pins… On revient au cas précédant…

    La konnerie c’est de faire un sympathique feu de camp au bord d’une petite rivière. Il y a quelques années, j’ai vu, de mes yeux vu, un groupe de sympathiques jeunes Allemands allumant un feu entre quatre pierres sous une pinède bordant le Gardon, dans les magnifiques gorges de Collias. Je les ai « allumés » gentiment mais fermement et ils ont éteint leur truc. Hélas, quelques jours plus tard, à la suite de pareilles konneries inconscientes, les gorges ont cramé…

    La konnerie, pour ceux qui arrivent l’été dans leur résidence secondaire dans le Luberon, dans les Alpilles ou dans les Maures ou l’Estérel, c’est de ne pas avoir fait débroussailler le pourtour de sa propriété et de brûler les herbes, les branches tombées de l’hiver et autres végétations qui gênent les vacances. « Oui mais on fait attention : on a le tuyau d’arrosage prêt… » Mouais…. Le débroussaillage est pourtant obligatoire dans les 32 départements des régions PACA, Corse, Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes plus l’Ardèche et la Drôme. Également dans les autres départements si un arrêté préfectoral l’exige surtout en cette période de sécheresse. Les maires des communes concernées doivent veiller à la bonne exécution du débroussaillement mais aussi du maintien en état débroussaillé. Ils peuvent donc intervenir auprès des propriétaires négligents et même le faire exécuter d’office au frais de l’intéressé. Et ça coûte bon bon. Comme la contravention et l’astreinte journalière.

    La konnerie, c’est l’urbanisme caractérisé souvent par le laxisme des autorités responsables voire les magouilles qui permettent ou tolèrent la construction de cabanons ou de maisons au milieu des forêts. Avoir sa villa sous les pins, sur la colline dominant la grande bleue ! Le bonheur. Sauf que ça brûle…

    Tous ces fauteurs de feux ne risquent pourtant pas grand-chose par rapport aux dégâts que leur négligence, leur konnerie ou leur malveillance coûtent à l’environnement et à la société. À l’époque de Napoléon, il y avait déjà beaucoup d’incendies dans le Midi. Le Napo, il a été expéditif : il a ordonné à ses préfets de faire fusiller sur le lieu de leurs méfaits les incendiaires ! Et les incendies se sont « miraculeusement » arrêtés…

    Quant aux touristes, leur manière de faire tient au fait qu’ils ignorent les spécificités du Midi. Le danger d’incendie n’est pas le même dans les forêts de l’Île de France, de Belgique ou d’Allemagne et dans celles de Provence, du Languedoc et de Corse.

    Alors, amis touristes qui nous faites l’amitié de venir chez nous, de grâce respectez ces paysages que vous aimez. Ne devenez pas des POURISTES !

    Mais il y a autre chose aussi. C’est la faiblesse des moyens aériens. 26 appareils (12 Canadair, 9 Tracker, 7 Dash et 3 Beechcraft). Des appareils vieux, à bout de souffle dont plusieurs restent au sol parce qu’en panne… La France doit faire appel à l’Europe.

    Question : comment se fait-il que la France, deuxième pays du monde après les États-Unis en matière de construction aéronautique, ne soit pas foutue de concevoir et construire des appareils modernes, spécifiques à ce difficile travail de pompiers de l’air ? Il y a déjà un marché conséquent dans tous les pays autour de la Méditerranée. France mais aussi Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Croatie, etc. Et aussi de l’autre côté de la Mare nostrum. Et encore au Canada, aux États-Unis et partout dans le monde.

    Question : il existe bien un mécanisme européen de protection civile, dont l’objectif est de renforcer la coopération en matière de protection civile entre les États membres de l’UE. Mais quid d’une vraie force d’intervention anti incendies européenne ? Avec des moyens aériens payés par l’Union Européenne et une coordination efficace ?

    Question : la forêt originelle méditerranéenne était différente, avec des chênes pubescents à feuilles caduques. Ces chênes au fil du temps ont été remplacés par des chênes verts à feuilles persistantes, beaucoup plus inflammables. L’activité humaine, avec la fabrication du charbon de bois, a participé ce changement. Mais c’est la prépondérance du pin (d’Alep, Lariccio, maritime) qui fait de ces forêts des brûlots quasi explosifs. Ne serait-il pas judicieux de revenir autant que faire se peut à ce type d’arbres (chênes à feuilles caduques, feuillus) lorsqu’on replante après les incendies catastrophes ?

    Eh ! Oh ! Meffi Victor, renifle : t’as les andouillettes qui brûlent ! Gaffe de pas foutre le feu au lac.

    Victor AYOLI