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poésie

  • Les fables de La Bedaine

     

    Le trou du cul devenu roi !

     

    Or donc en ce temps là, hasard ou jeu divin

    Le corps humain advint.

    Il fallut décider qui, de tous les organes,

    Serait le chef idoine.

    Ainsi dit le cerveau, je contrôle les nerfs,

    C’est donc moi qui dois être le chef décisionnaire.

    Ainsi dirent les yeux, c’est nous qui apportons

    L’essentiel des informations,

    Nous devons être chefs car c’est par nous qu’on voit.

    Ainsi leur dit la bouche, tout est nourri par moi,

    Il est donc naturel que j’ai le gouvernail.

    Eh ! Oh ! dirent les mains, qui donc fait le travail

    Pour être votre chef, n’ai-je pas le prestige ?

    Car qui nourrit dirige.

    Oui mais, dirent les pieds, qui donc vous tiens debout ?

    Sans nous que seriez-vous sinon un tas de mou ?

    Nous devons être chefs, telle est notre démarche

    Car si nous nous bougeons, c’est bien grâce à la marche.

    Enfin le trou du cul fit entendre sa voix

    Réclamant lui aussi le pouvoir d’être roi.

    Et tous de se gausser, de ricaner, de rire,

    Que le cul les dirige ? Qui aurait-il de pire ?

    Le trou du cul, vexé, alors se referma.

    Aussitôt tout le corps glissa vers le coma.

    Le cerveau fut fiévreux

    Les yeux furent vitreux,

    Les mains pendaient sans force

    Les pieds devinrent torses

    Les poumons et le cœur perdaient le goût de vivre

    Le corps humain souffrait et luttait pour survivre.

    Tous demandèrent alors au cerveau de céder

    Et laissèrent au cul le droit de décider.

    Celui-ci, en s’ouvrant, remis le corps en marche,

    C’est donc lui qui devint le chef, le patriarche,

    Le corps fonctionnait bien, sans à coups, simplement

    Car il gérait fort bien tous les emmerdements.

    Moralité :

    L’on peut être, sans en être vaincu,

    Dirigé par un trou du cul !

     

    Victor Ayoli

  • Gastronomie pasquale

    Le chevreau pascal aux herbes fines

     

    Quelques jours avant Pâques, lorsque j’étais minot

    Mon père achetait, chaque année, un chevreau.

    Attaché dans la cour en attendant la fête,

    Qu’il soit noir, blanc ou brun, il l’appelait « Blanquette ».

    Nous, nous le caressions, lui donnions à manger

    Epluchures, salades, déchets du potager,

    Et le bestiau bêlait, pleurait à fendre l’âme

    Comme s’il devinait son destin sous la lame.

    Puis un soir arrivait, perché sur son vélo,

    Armé de ses couteaux, le terrible Angelo !

    Casquette de côté, poilu, rouquin et borgne

    C’était un Espagnol venu de Catalogne.

    Le père maitrisait le chevreau sur le banc,

    Mon frère et moi tenions les pattes en tremblant

    Et le chevreau criait, soufflait comme une forge

    Tandis que le tueur, sûr, lui tranchait la gorge.

    Quelques brefs soubresauts de la pauvre bestiole

    Marquaient les derniers pas d’une vie qui s’envole.

    Puis, s’essuyant les mains, le terrible Angelo

    Sortait de son carnier la valve de vélo.

    Alors, perçant la peau du chevreau sur le râble,s

    Il y introduisait l’accessoire cyclable,

    Mon père, puis, avec la pompe à bicyclette

    Gonflait, gonflait, gonflait, gonflait la bête.

    La peau se décollait. On pendait le bestiau

    On espuyait la peau, on sortait les boyaux…

     

    Souvenirs, nostalgie…Allez ! A la cuisine !

    La chevrette, pour Pâques, sera viande divine.

    Sur la plaque du four, mettez les deux cuissots

    A dorer vingt minutes sur de l’huile des Baux.

    Dans une casserole, fondez du lard fumé

    Avec des échalotes et de l’ail écrasé,

    Ajoutez du vin blanc, plutôt sec, un demi,

    Lorsque tout cela bout, ajoutez thym, persil,

    Basilic, coriandre, ciboulette, estragon

    Mijotez dix minutes, et buvez un gorgeon.

    Sortez le plat du four, salez, poivrez la viande,

    Arrosez-là avec la sauce précédente,

    Puis remettez au four pour cinquante minutes

    Cent-quatre-vingt, pas plus. Vous touchez presque au but.

    Arrosez très souvent, que la viande s’imprègne.

    Attention toutefois, il faut pas que ça baigne.

    Découpez, saupoudrez des herbes qui vous restent,

    Citronnez puis servez sans faire le modeste !

    Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire

    Ma tripe est assoiffée, remplis ras bord mon verre

    De ces nectars divins de la Coste-du-Rhône

    Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne !

    Et pour laisser le monde des maigres, des sans-goûts,

    Alors resservez-vous !

     

     

  • Sum, ergo bibo ; bibo, ergo sum !

    JVJ Bacchus dessin Martine Belay.jpg



    "Je suis, donc je bois; je bois, donc je suis."
     
    « Si le vin disparaissait de la production humaine, 
    je crois qu’il se ferait dans la santé et dans l'intellectuel de la planète un vide,
    une absence, une défectuosité beaucoup plus affreuse que tous les excès
    et les déviations dont on rend le vin responsable. N’est-il pas raisonnable
    de penser que les gens qui ne boivent jamais de vin, naïfs ou systématiques,
    sont des imbéciles ou des hypocrites ; - des imbéciles, c’est-à-dire des
    hommes ne connaissant ni l’humanité, ni la nature ; des artistes repoussent
    les moyens traditionnels de l’art ; des ouvriers blasphémant la mécanique ;
    - des hypocrites, c’est-à-dire des gourmands honteux, des fanfarons de sobriété,
    buvant en cachette et ayant quelque vin occulte ?
    Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables. »
    Ce n’est pas n’importe qui qui énonce ces flamboyantes vérités,
    c’est le grand Charles Baudelaire !
    Et puis, nous sommes entre gens de goût puisque nous aimons le vin,
    et entre lettrés, puisque nous apprécions Baudelaire, alors lisons tonton Horace dans le texte :

    « Nulla placere diu nec vivere carmina possunt, quae scribuntur aquae potoribus… »

    « Des vers ne peuvent plaire ni durer longtemps, s’ils ont été écrits par des buveurs d’eaux. »

    Et un petit dernier pour la route par de nos maîtres, le grand Omar Khayyam:

    « Je ne suis digne ni de l'enfer, ni du séjour céleste. 
    Dieu sait de quelle terre il m'a pétri. 
    Je suis hérétique comme un derviche, laid comme une femme perdue; 
    Je n'ai ni religion, ni fortune, ni espérance du paradis. 
    Es-tu triste? Prends un morceau de haschich gros comme un grain d'orge, 
    Ou bois un petit verre de vin couleur de rose. »
    

    À la nôtre !

     

    Le Septidi 27 Brumaire An CCXXXIII

     

    Dessin original de Martine Be(beu)lay