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cuisine

  • Au bistro de la Toile : « Mangez vos morts ! » Faut-il en faire tout un plat…

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    - Oh ! Loule, ça sent bon. Qu'est-ce qu tu nous prépares pour ce midi ?

    - La blanquette Victor. La blanquette de veau. Un des plats les plus emblématiques de la cuisine française.

    - Tu devrais en envoyer une portion à l’Assemblée nationale, à la députée mélenchonienne Danielle Obono qui a conseillé aux femmes qui manifestaient pour soutenir les Iraniennes luttant au péril de leur vie contre le voile islamiste, « mangez vos morts ! »

    - C’est vrai qu’à l’Assemblée nationale, ils ont l’habitude de se manger le foie. Et puis, mangez les vivants, ils courent trop vite! Mais qu'est-ce que les propos de cette ravagée du bulbe ont à voir avec ma blanquette ?

    - J’ai un peu creusé la question et je vous rapporte ce qu’en dit William Buehler Seabrook. Journaliste au New York Times après la Première Guerre mondiale, il voyagea de par le monde, et notamment en Afrique, où il s’interrogea sur le cannibalisme au point de vouloir tenter lui-même l’expérience.

    - Ça c’est de la conscience professionnelle.

    - Il finit par rencontrer une tribu d’anthropophages qui mangeaient leurs ennemis tués au combat. Un des guerriers lui expliqua quelles parties étaient le plus appréciées : pour la viande, tout le dos (ce qui correspond, chez le bœuf, à l’entrecôte, au filet et au rumsteak), pour les abats, le foie, le cœur et le cerveau étaient considérés comme les morceaux de choix. Un guerrier lui avoua que, pour lui, “la paume des mains était le plus tendre et délicieux morceau de tous”. Néanmoins, Seabrook ne put satisfaire son envie : on lui servit du singe.

    Mais l’homme était têtu. Revenu en France, il réussit à se procurer un morceau de chair auprès d’un interne de la Sorbonne et, dans la villa du baron Gabriel des Hons, à Neuilly, se livra enfin à son expérience, devant témoins. Seabrook cuisina la viande comme il l’aurait fait pour du bœuf, s’attabla avec un verre de vin et une assiette de riz, et goûta : “Cela ressemblait à de la bonne viande de veau bien développé, pas trop jeune mais pas encore un bœuf. C’était indubitablement comme cela, et cela ne ressemblait à aucune autre viande que j’aie déjà goûtée. C’était si proche d’une bonne viande de veau bien développé que je pense que personne qui soit doté d’un palais ordinaire et d’une sensibilité normale n’aurait pu le distinguer du veau. C’était une viande bonne et douce, sans le goût marqué ou fort que peuvent avoir, par exemple, la chèvre, le gibier ou le porc. (…)  Et pour ce qui est de la légende du goût de porc, répétée dans un millier d’histoires et recopiée dans une centaine de livres, elle était totalement, complètement fausse.”

    - ...taing, Victor, heureusement que je connais bien mon boucher, sinon je me poserais des questions.

    - Bon, Loulle, moi ce que je t’en dis… Je n’en ai pas l’expérience. Mais d'autres l'on: Armin Meiwes, un informaticien allemand condamné à la prison à vie pour avoir tué en 2001 puis mangé une victime consentante (oui oui, consentante), avait tenté de décrire son repas de l'époque. Un repas fait de viande un peu dure avec un goût de porc, en un peu plus amer, plus fort.

    Tous les connaisseurs ne sont pas d’accord. Ainsi M. Nicolas Cocaign, surnommé «le cannibale de Rouen, reconnu coupable d'avoir tué en 2007 son codétenu et de lui avoir mangé une partie de poumon (qu'il a fait cuire), n'est en effet pas tout à fait du même avis. Face à un psychologue, celui qui purge actuellement une peine de 30 ans de réclusion criminelle avait alors trouvé que son bout de barbaque avait un goût de cerf et qu'il était particulièrement bon !

    - Ça ouvre des perspectives...

    - Ouais mais paraît que c’est pas très nourrissant. James Cole, archéologue à l'université de Brighton, chez les rosbifs !, s'est prêté au drôle de jeu d'évaluer l'apport calorique que pourrait avoir l'un ou l'une d'entre nous, découpé en petites rondelles, dans l'assiette. Résultat, notre viande ne représente que 1300 kilocalories par kilo.. Une broutille, par comparaison avec un sanglier (4 000 kcal par kg) ou même un oiseau (2 500 kcal par kg).

    - Si un jour on en trouve sur les marchés, faudrait tout de même pas rendre les clients malades.

    - C’est une vraie question Loulle. Une tribu aborigène anthropophage de Papouasie-Nouvelle-Guinée en a fait les frais au milieu du 20e siècle. Les femmes et enfants de la tribu avaient pour habitude de manger le cerveau et le système nerveux central des défunts, répandant ainsi le kuru dans cette tranche de la population. En l'espace de quinze ans, ce rite anthropophagique mortuaire entraînera la mort de 2500 d'entre eux.

    - Fatche. Et nous qu’on se plaint quand on nous fait bouffer des lasagnes à la viande de canasson…

    - Allez, à la nôtre. Et levons nos verres à la santé de Danielle Obonneau.

    - Je préfère tout de même Au bon vin !

     

    Illustration: merci au toujours regretté Chimulus

  • Gastronomie: les alibofis de toros.

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    Ce bonobo à de quoi nous rendre modestes...

     

    Les aliboffis, vous connaissez ? En Provence, ce sont les couillons. Pas au figuré, non, les couilles, les testicules si vous préférez le terme politiquement correct. J’ai coutume de dire que « quand elles se vident, c’est le bonheur, tous le monde comprend pourquoi, et quand elles gonflent, c’est la rabia. »

    Bon. Après ces petites précisions physiologiques, savez-vous que les aliboffis, c’est excellent à manger ?

    Tè ! Je vais vous expliquez comment les faisait mon père (les aliboffis sont un plat que seul un homme peut cuisiner. Les femmes, on préfère qu’elles nous les caressent, bien que parfois elles nous les cassent… C’est dans leur nature, faut faire avec…)

    Alors voilà. Respectez évidemment celles de notre frère Bonobo ! Si vous êtes ambitieux, si vous êtes allé à la Féria de Nîmes et si vous ne craignez pas les comparaisons hasardeuses, demandez des aliboffis de taureaux, enfin des « toros » des corridas, demandez à un boucher local. A défaut, chez votre tripier (on en trouve encore), demandez deux belles paires d’aliboffis d’agneau.Trempez-les deux heures dans l’eau froide vinaigrée pour les faire dégorger. Puis blanchissez-les une petite minute à l’eau bouillante salée. Sortez-les avec une écumoire, passez-les rapidement à l’eau froide, puis coupez-les en deux et enlevez la peau.

    Dans un faitout, sur feu doux, mettez une cuillère à soupe d’huile d’olive. Lorsqu’elle est chaude, jetez-y quatre belles gousses d’ail pelées et écrasées avec le plat du couteau. Faites revenir juste le temps de boire un canon de rosé. Ajoutez un demi-litre d’eau et un verre de vin blanc, deux cuillères à soupe de concentré de tomate, une cuillère à café de harissa, une cuillère à café de cumin en poudre, autant de paprika, autant de sel et le jus d’un demi citron. Pendant que ça monte à ébullition, coupez les aliboffis en dés grossiers d’environ trois centimètres. Jetez-les dans la préparation précédente lorsqu’elle bout. Couvrez et laissez cuire à feu doux pendant vingt minutes. Après ce temps, si la sauce est trop liquide, faites réduire à feu vif en maniant l’appareil délicatement à la spatule bois pour éviter que ça attache. Goûtez et rectifiez l’assaisonnement qui doit être de haut goût. Servez très chaud en agrémentant la couleur avec du persil plat haché et des tranches de citron. Ce plat s’accompagne de riz blanc de Camargue. Avec un rosé bien frais, vous m’en direz des nouvelles !

    Ah ! J’oubliais : prévoyez quelqu’un pour une petite sieste crapuleuse après ce met gaillard !

    Vive les aliboffis !

     

    Photo X - Droits réservés

     

  • Noïo hel confiné

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    Sacré petit Jésus ! Il s’est fait remballer au rang de vieillerie poussiéreuse par le gros débile en rouge symbole de cacacola chez les Zétazuniens et qui a envahi le monde. Ces « fêtes » obligées sont tout à la gloire de Saint-Commerce. Pourtant, beaucoup ignorent que le mot "Noël" est un terme païen bien antérieur au christianisme. L’origine la plus vraisemblable du mot Noël ne serait pas le latin natalis dies (jour de naissance) mais le gaulois noïo hel signifiant « nouveau soleil »..

    Avant la réforme du calendrier par Jules César, le solstice d’hiver correspondait au 25 décembre du calendrier romain et les festivités ont continué de se tenir à cette date même après que le solstice eut correspondu au 21 décembre du calendrier julien. Étymologiquement parlant, les laïques, les libres penseurs et les athées auraient donc toutes les raisons du monde de se souhaiter Joyeux Noël, et ce faisant ils n’empruntent rien à la religion chrétienne.

    Voilà qui me rassure : moi, avec ma tribu la plus proche, j’ai donc fêté Noïo hel dimanche 20, jour charnière du solstice d’hiver. Tout en respectant les « distanciations sociales » et en dépassant à peine le numerus closus nous avons fait jouir nos papilles, exulter nos estomacs, se pâmer nos tripes avec : huîtres de Normandie et caviar, foie gras préparé par moi au sel de Guérande, poivres de Kampot et de Séchouan, langoustes à l’Armoricaine maison relevées au piment d’Espelette et à l’Armagnac, croustade de saumon aux épinards. Cette première étape s’accompagnant d’un Corton-Charlemagne et d’un Clos-Vougeot ainsi que d’un Sauterne Carmes de Rieusec pour le foie gras. Trou normand (mon gendre, gamelologue distingué, est italo-normand) au Calvados Manoir de Montreuil 15 ans d’âge. Puis chapon de Bresse moelleux à souhait, d’abord poché un quart d’heure dans un court-bouillon de légumes puis soigneusement séché et doré à four 200°, avec farce truffée et aligot en accompagnement. Ce qui nous a amenés gentiment, avec un flacon de Châteauneuf-du-pape Henri Bonnaud réserve des Célestins millésimé 2000, au plateau de fromages où voisinaient un livarot coulant, une tomme de brebis du causse Méjean affinée deux ans, un vieux comté et un vieux gouda fermier. Ceci avec un Chateauneuf Rayas 2008. Puis bûche glacée avec un champagne rosé. Ouf, après ça, un solide café expresso puis il a été temps de clôturer ces agapes au Fernet-Branca servi dans de grand verres ballon glacés.

    Alors aujourd’hui, je finis les restes…

    Joyeux « Noïo Hel » tout de même !



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